26 août 2008
Les sorcières de Zugarramurdi
Nous voici de passage à Zugarramurdi. Nous avons traversé une frontière, à peine perceptible entre "ceux" du Nord et "ceux" du Sud. Ce n'est pas encore l'Espagne, ce n'est déjà plus la France. Mais tout simplement le Pays Basque.
Nous nous sommes longuement attardés dans ce village magnifique et authentique. Il fera l'objet d'un prochain message...
Le sujet du jour: les sorcières de Zugarramurdi, et la fameuse grotte.
Voici ce que l'on peut lire sur un prospectus distribué à l'entrée de la grotte (pour 3 euros 50, la visite vaut vraiment le détour...)
"Les grottes des sorcières représentent un important ensemble rocheux, situé à moins de500 mètres du centre de Zugarramurdi... La principale cavité de ces grottes a été creusée par un ruisseau d'un débit abondant, qui existe toujours, le "Infernuko Erreka": Ruisseau de l'Enfer, qui la traverse et lui a donnée l'aspect d'un vaste tunnel dont l'axe est orienté du nord-est au sud-ouest, sur une longueur de 120 mètres et une largeur de 22 à 26 mètres. Deux galeries plus hautes et ayant approximativement la même orientation que la galerie principale, y débouchent et se développent dans cet ensemble rocheux. Quant à l'intérêt archéologique de ces grottes, nous pouvons dire qu'en 1935, José Miguel de Barandiaràn les prospecta, découvrant des témoignages de l'époque préhistorique: céramiques et pierres à feu qu'il attribua à la période Magdalénienne.
Mais comme leur nom l'indique, ces grottes sont surtout réputées pour leurs sorcières. L'histoire de ces sorcières date de l'année 1610 qui connut une de ces vagues de sorcellerie qui périodiquement embrasaient le Pays Basque. L'Inquisiteur Don Juan Del Valle Alvarado du tribunal de Logroño fut mandaté pour inspecter cette zone. Il passa plusieurs mois à Zugarramurdi et recueillit de nombreuses dénonciations selon lesquelles près de 300 personnes (sans compter les enfants) furent inculpées pour délit de sorcellerie. Quarante personnes choisies parmi celles qui semblaient les plus coupables furent emprisonnées et amenées à Logroño.
L'Inquisition accusait ces gens d'avoir le diable pour dieu et de célébrer des messes noires avec lui. On les accusait aussi de métamorphoses, de provoquer des tempêtes en mer. On les accusait de maléfices contre les champs, les bêtes et contre les gens. Et enfin, entre autres choses, elles furent accusées d'être vampires et nécrophages.
C'est ainsi que les 7 et 8 novembre 1610, les sorcières reçurent leur sentence: 18 d'entre elles furent absoutes, 12 furent brûlées sur le bûcher. On infligea aux autres des peines telles que la perte de leur biens, la réclusion à perpétuité ou l'emprisonnement limité.
Les personnages importants accusés de célébrer des messes noires à Zugarramurdi étaient Graciana de Barrenetxea et son époux Miguel de Goiburu, respectivement Reine et Roi, Joanes de Etxalar accusé d'être le bourreau, Maria Chipia fameuse maîtresse dans l'art de la sorcellerie, Joanes de Goiburu qui était le Txistulari dans les réunions de sorcières, et Juan de Sasin qui jouait du tambour.
Tout cela n'est que ce que nous apprennent les documents de l'époque, mais à Zugarramurdi, il ne nous reste plus que la scène de ces réunions: "La cathédrale du diable", et les légendes qui se sont transmises de bouche à oreille, légendes qui relatent les péripéties que vécurent les habitants avec leurs sorcières. Ces légendes nous donnent aussi les méthodes qu'on employait pour effrayer les sorcières: placer à la porte de la maison une croix faite de deux petites branches de frêne et du laurier béni à côté. Ainsi aucune sorcière ne pouvait entrer. Ou bien si la sorcière avait réussi à pénétrer dans la maison, il fallait jeter une poignée de sel dans l'âtre. Si malgré toutes ces précautions, si quelqu'un se trouvait face à face avec une sorcière, il suffisait de se signer et de dire "Puyes", et la sorcière disparaissait aussitôt.
Parmi les légendes, on raconte aussi comment les habitants de Zugaramurdi, tentant de faire disparaître le sorcières, allèrent en procession aux grottes un 15 août. Le curé rependit une poignée de moutarde, pour que les sorcières disparaissent et ne reviennent pas durant autant d'années qu'il y avait de grains de moutarde. Et nous devons avouer que depuis longtemps, nous n'en avons vu aucune trainer par ici."
Si vous êtes de passage à Zugarramurdi, n'oubliez pas de visiter également le musée des sorcières. Très intéressant...
14 août 2008
Les stèles du cimetière d'Arbonne
Nous reproduisons dans cet article un texte datant du 2 novembre 1956 qui est affiché sur la porte d'entrée de l'église Saint-Laurent d'Arbonne.
Il est signé Louis Colas ( La tombe basque):
"Très riche en tombes discoïdales. Certaines d'entre elles méritent d'être mises en valeur et sauvées de leur disparition en terre aux places qu'elle occupaient depuis des siècles, totalement abandonnées. D'autres qui semblent encore entretenues sont restées aux emplacements qui leur avaient été donnés autrefois. Toutes méritent une étude attentive. A remarquer autour du calvaire, dont la croix est très ouvragée, les petites pierres discoïdales, qui en raison de leur faible dimension, ne se voient que rarement. Le monogramme IHS (Jesus Hominum Salvator = Jésus Sauveur des Hommes) se retrouve souvent. On distingue sur quelques unes une fleur de lys, sur d'autres l'indication du métier du défunt, une sandale par exemple pour un sandalier. Peu sont datées, ce qui, joint à l'aspect frustre de beaucoup d'entre elles, permet de croire à leur ancienneté. On relève cependant sur un certain nombre les dates de 1590 et du début du XVII ème siècle.
Le cimetière d'Arbonne peut donc être considéré comme l'un des plus remarquables cimetières du Labourd.
On peut craindre que les discoïdales vénérables de ces cimetières anciens, déjà menacées par le marteau des ignorants - ou des malveillants- ne tentent des collectionneurs ou simplement des intermédiaires opérant pour le compte de certains musées. Il importe que les communes euskariennes ne se laissent pas déposséder de richesses que jusqu'ici elles n'ont guère soupçonnées. Elles verraient disparaître, avec les discoïdales que sculptèrent les ancêtres, les véritables titres de noblesse de l'antique Euskal-Herria".
Ce message semble avoir été entendu par les autorités, qu'elles soient religieuses ou civiles. Ces richesses patrimoniales du Pays Basque sont désormais protégées.
Quelques exemples de stèles discoïdales du cimetière d'Arbonne:









